vendredi 29 juin 2012

 
Movie Buff #2: De la grâce d'être étrange




The Doors

J'ai vu When You're Strange, le documentaire de TomDicillo sur les Doors, qui relate la trajectoire du groupe depuis leur formation en 1965 jusqu'à la mort de Jim Morrison en 1971.
Un groupe comète, un groupe fulgurant, qui n'aura existé que cinq petites années et apporté tant de choses à la musique, à leur époque, à l'inconscient collectif. Car tout le monde ou presque a en tête le visage christique de Jim et peut fredonner la mélodie de "Light my Fire". Moi par exemple. Je connaissais les Doors sans les connaître. Au delà du rock et de la voix de Morrison dont la signature vous hante, leur musique m'évoquait un son étrange, une bizarrerie, un air de cirque. Je sais maintenant que cette impression est due au piano électrique, espèce d'ancêtre du synthétiseur, de Ray Manzarek.
Mais c'est tout. Les Doors ont terminé leur carrière il y a près de quarante ans, et moi je débarque de ma planète. Et je découvre, et j'apprends. Et je regarde, bouche bée, les vidéos des concerts, des enregistrements, Jim Morrison complètement défoncé, l'extraordinaire cohésion du groupe qui a porté à bout de bras leur poète maudit de leader. Je tape du pied au rythme des chansons que je ne connaissais pas: "Wild Child", "The End", "Love Me Two Times", "When You're Strange"... J'ai la chair de poule, je ne peux pas détacher mon regard du visage de Morrison, de sa silhouette androgyne et des boucles tombant sur ses épaules. Je suis surprise par sa métamorphose, à la fin de sa vie. Bouffi d'alcool et de drogue, malade à en crever. Et je pense: "Bouffi comme Elvis au soir de sa vie lui aussi". Comme son idole.
D'autres images arrivent alors, il harangue une foule en délire, il a le charisme d'un prédicateur en transe. La scène est son église, les fans sa congrégation. Complètement stone, il finit le concert exténué et à peine conscient, sous l'oeil apparemment impassible de Densmore, Krieger et Manzarek qui jouent et jouent encore, faisant de chaque frasque du chanteur une performance. Magie des hommes qui se comprennent d'un regard. Beauté de la loyauté de ces membres de l'ombre au talent fou envers ce putain de Jim Morrison.
J'ai tout appris sur les Doors grâce à ce film, et je me suis rendue compte que j'aimais vraiment ce groupe au destin tragique. On sait depuis le début que ça ne va pas durer, on guette avec anxiété en même temps qu'eux le moment où le leader va s'écrouler et rendre son âme torturée, égocentrique et géniale.
Et puis il y a ce travail de recherche d'images d'archives, ce travail minutieux et précieux servi par un montage impeccable et fluide. Tout est à sa place, y compris la voix sobre et claire de Johnny Depp qui narre sans bavarder, qui informe sans jamais s'imposer. Et enfin, ce film Highway, tourné par Morrison lui-même en 1969, et que DiCillo distille tout au long du documentaire.
Cet effarement: "C'est un acteur?" "Il lui ressemble trooop!!!" "Ça, c'est DiCillo qui l'a tourné et ajouté au docu, non?" "C'est vraiment trop bien fait!" Heureusement qu'une interview de John Densmore, le batteur du groupe, m'a appris la vérité!
Je me suis alors rappelé la cruelle ironie du subterfuge du réalisateur: au volant de sa voiture, Jim allume la radio, se crispe et accélère comme un fou... La voix du speaker annonce la mort à Paris du chanteur déjà légendaire des Doors. A 27 ans. Comme Jimi Hendrix, Comme Janis Joplin.
Âge maudit que j'atteindrai le mois prochain (c'était valable quand j'ai vu le film, à savoir en 2010!)... Mais je n'ai rien à craindre, ce sort semble réservé aux génies autodestructeurs. Et je n'ai rien d'un génie. Peut-être suis-je suffisamment étrange pour que la vie et l'art de Jim Morrison me parlent. Et pour qu'un concert des Doors me file la chair de poule comme si j'y étais, quarante ans après.

vendredi 8 juin 2012

 
Old reflections #2: Le Bonheur des autres


 
Le bonheur n'est jamais immobile, [le bonheur] c'est le répit dans l'inquiétude.
 André Maurois

Le bonheur n'est jamais immobile ; le bonheur c'est le répit dans l'inquiétude.
Le bonheur n'est jamais immobile ; le bonheur c'est le répit dans l'inquiétude.


Source : sagesse - citation 

C'est fou comme ce qui arrive de bien dans la vie des autres peut parfois résonner en nous d'une manière singulière et nous procurer aussi du bonheur. En un sens, cela nous ouvre une perspective.Je lisais ce matin le blog de Typhaine qui a consacré un article à sa "nouvelle vie", à savoir son nouveau job parisien. Pleine de joie et d'entrain, elle explique à quel point ce travail tout frais lui donne la pêche, lui permet de se projeter dans l'avenir en l'envisageant sereinement. Grâce à sa future paie, elle va pouvoir investir dans du matériel de photographe, histoire de se rapprocher de son "métier de rêve".
En attendant, elle touche à tout et expérimente. Elle est ce que j'appelle "activement patiente". Elle ne perd pas de vue son objectif mais se donne seulement les moyens de l'atteindre, en raflant au passage tout ce que la vie a à lui offrir.
Cette attitude m'inspire, parce-que, tout comme Typhaine récemment, je suis au chômage et c'est "le désespoir". Mon deuxième rendez-vous à Pôle Emploi est à la fin de la semaine, je ne sais pas quoi faire de ma vie à l'issue de mes longues études d'anglais. Je souffre en outre de schizophrénie, maladie qui, au delà de tout ce qu'elle implique comme mal-être et difficultés de vivre au quotidien, m'a déjà fait perdre deux boulots en l'espace de quelques mois. Bref, je n'ai pas un sou en poche, je me ronge les sangs, j'ai parfois des envies de sommeil éternel et lors de mes crises de spleen les plus aigües je gobe mes médocs comme des Dragibus.
Heureusement, j'essaie tant bien que mal de m'en sortir: Pôle Emploi donc, parce qu'il faut bien commencer quelque part. Et là où l'enthousiasme de Typhaine intervient, c'est que je me dis que peu importe le job que je vais pouvoir trouver, ça n'engagera pas ma vie entière. Je sais que pour l'instant il me faut une planque sans aucune responsabilité. Un mi-temps serait top car je ne suis vraiment pas sûre de pouvoir assurer un plein-temps. Mais ce qui est plutôt bon signe, c'est que malgré ma peur panique de la vie professionnelle, j'ai moi aussi un "métier de rêve": traductrice.
Je suis bilingue et passionnée de littérature. Traduire des bouquins et en vivre serait pour moi le rêve absolu. Peut-être pourrais-je essayer de trouver des petits jobs de traduction, traduire tout et n'importe-quoi par-ci par-là, (comme par exemple des posts de blog? ;-)) Ou pourquoi pas trouver un job bien pépère et routinier, traduire pour mon plaisir à côté et essayer de percer?
Je ne sais pas trop, ça se bouscule dans ma tête, mais ce qui est sûr c'est que ce métier m'attire depuis longtemps. M'imaginer bossant sur les subtilités d'un texte entourée de dicos en tous genres avec une tasse de thé fumante à la main, ça a pour moi une odeur de paradis. Bosser chez-moi, dans mon cocon, à mon rythme! M'imposer mes propres contraintes et ne pas subir... Vraiment, c'est un doux rêve auquel je veux m'accrocher, et je vais essayer d'utiliser toutes les circonvolutions de ma vie comme autant de tremplins pour y arriver.

mardi 5 juin 2012


Movie Buff#1 : Prometheus



C3PO a changé de coupe de cheveux


Malheur à lui [le génie] ! l'impure envie S'acharne sur sa noble vie, semblable au vautour éternel, et, de son triomphe irritée, punit ce nouveau Prométhée d'avoir ravi le feu du ciel. Victor Hugo



Hum. Prometheus, comment te dire? Nul. Non vraiment, je ne comprends pas. Ridley Scott a craqué son slip big time, je te le dis. Parce qu'on est bien loin d'Alien. Le film a beau en être un prequel, les deux n'ont rien à voir. On a bien une mini-Ripley (Noomi Rapace, mais qu'est-elle allée faire dans cette galère?) qui se coltine méchant avec la Bestiole dans la seule bonne scène du film. On a aussi un droïde en la personne peroxyd-hallucinée de Michael Fassbender (mais qu'est-il allé faire dans cette galère??). Mais bon paye ta Ripley hystéro qui court partout, se casse la gueule tout le temps et finit par se rouler par terre de malheur. Et paye ton droïde, parfaite réplique de C-3PO avec de la peau et des cheveux. Performance ridicule. Pour que j'écrive ça il faut vraiment que je soit déçue, étant donné l'idolâtrie que je voue à Michael. C'est mon acteur préféré de tout l'Univers et il est doté à mon sens de la sexyness ultime. Ben là, point de sexyness, Fassy m'a laissée de marbre et m'a même fait pouffer lors d'une scène où il n'est plus, disons, entièrement lui-même.
Et puis nan mais les bestioles, elles nous feraient pleurer de rire. On dirait des ersatzs de Paul le Poulpe équipés de vulvo-pénis (contraction de vulve et de pénis, oui). Je sais c'est très bizarre et contradictoire cette histoire, mais je vous assure que quand on voit la bête pour la première fois ça saute aux yeux qu'elle est hermaphrodite.

L'histoire, quand à elle, est archi-éculée.C'est celle des humains qui veulent une réponse aux fameuses questions "Qui suis-je? D'où viens-je? Ai-je un Créateur?".  Mais mal, très mal traitée. La réponse est of course "oui, on a des créateurs, c'est trop fou!!!". On le sait dès le début du film, je ne dévoile rien. Grâce à la scène archi-éculée aussi de la découverte de peintures rupestres laissant entendre qu'il y a une vie au-delà de notre chère Terre.
Et les poncifs ne s'arrêtent pas là, loin s'en faut. Il y a la commandante-de-la mission-psycho-rigide-qui-n'aime-pas-les-scientifiques (Charlize Theron, jugulaire-jugulaire), le commanditaire de la mission, j'ai nommé le vieux-milliardaire-en-quête-d'immortalité (Guy Pearce, mais pourquoi le grimmer en vieillard alors qu'il suffisait de prendre un vrai vieux? Ca aurait été moins grotesque), le capitaine du vaisseau baroudeur-roublard-super-patriote (Idris Elba, miaaam, il me donne envie de mater la série british "Luther" tiens), les seconds couteaux latinos-asiatiques-écossais (WTF?) qui ne servent à rien d'autre que de chair à canon.
Ajoutons à cela des Créateurs-qui-ne-sont-pas-ce-qu'on-croyait-qu'ils-étaient et tu as à peu-près tout le film. Saluons tout de même l'idée de les avoir doté d'une silhouette de statue grecque (plutôt très réussie d'ailleurs), ingénieuse référence à la légende de Promethée, ce Titan qui façonna l'homme avec de la glaise et vola ensuite le feu des Dieux pour lui donner vie.

Voilà. Verdict: mate-toi donc un bon vieil Alien pour enlever le goût.


Prometheus de Ridley Scott, avec Noomi Rapace, Michael Fassbender, Charlize Theron, Guy Pearce et Idris Elba